Monsieur le Vétéran
Nous sommes vos fils. Fils et filles de la Liberté qui aujourd'hui vous disent:
"Merci"
Les origines du Débarquement de Normandie:
Le Premier Ministre britannique, Winston Churchill, reste convaincu que le seul moyen de battre les Allemands est de porter la guerre en territoire français.
Pour mener à bien sa mission, trois points sont fixés : dans un premier temps, afin de permettre toute organisation militaire à partir de l'Angleterre, il faut écarter définitivement la menace d'une invasion allemande sur le sol anglais. Dans un deuxième temps, il faut entraîner et équiper une nouvelle armée anglaise, extrêmement affaiblie par le début du conflit. Enfin, dans un troisième temps, il faut à tous prix tirer profit de l'extraordinaire pouvoir industriel et économique des Etats-Unis d'Amérique.
En 1939, au commencement de la Seconde Guerre mondiale pour la France et l'Angleterre, aucune armée n'a l'expérience d'opérations amphibies ; les troupes ne sont pas dotées d'engins de débarquement et ne réalisent pas véritablement l'enjeu stratégique d'une telle opération.
Winston Churchill créé un organisme baptisé "Opérations Combinées", dans le but d'effectuer des assauts de faible envergure : des raids qui frappent rapidement et directement l'ennemi à un ou plusieurs points sensible.
Le Premier Ministre britannique souhaite voir la création des premières unités d'assaut spécialisées (que l'on appelle couramment de nos jours des "commandos") opérationnelles dès le mois de juillet 1940. Le premier fait d'armes de cette unité se déroule sur l'île de Guernesey.
C'est en octobre 1941 que Winston Churchill nomme le jeune capitaine Lord Mountbatten à la tête du nouvel organisme "Opérations Combinées" avec les consignes suivantes : "Vous devez préparer l'invasion de l'Europe car, à moins de porter le combat contre Hitler sur terre, nous ne gagnerons jamais cette guerre".
L'appel à l'aide des Soviétiques:
Les Soviétiques, affrontant un ennemi féroce sur leur territoire, demandent de l'aide de toute urgence aux pays alliés : les Américains, qui entrent en guerre au lendemain de l'attaque Japonaise sur l'île de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, leur envoient du matériel lourd (char, avions) et léger (armes, munitions, carburant) mais cela ne suffit pas.
Pour redonner de l'espoir aux Soviétiques mais également pour tester ce mur de l'Atlantique, tant vanté par la propagande nazie et qui fait la fierté de l'Allemagne, les Alliés décident d'organiser une opération combinée de faible envergure : l'opération Jubilée voit ainsi le jour, elle a pour cible la ville française de Dieppe.
Raid sur Dieppe:
Le raid sur Dieppe en août 1942 est confié à la 2ème division canadienne, appuyée par les nouveaux tanks Churchill de 40 tonnes, qui doivent débarquer juste devant l'objectif, pendant que les commandos attaqueront sur les flancs pour neutraliser les batteries côtières installées sur les falaises.
Mais la Royal Navy ne voulant pas risquer ses grosses unités dans les eaux étroites de la Manche, l'assaut n'est précédé d'aucune préparation d'artillerie de marine.
Ainsi, dès que les Canadiens mettent le pied sur le sol français, ils sont accrochés sur la plage exposée aux tirs et seuls quelques-uns parviennent à franchir la digue de béton et à s'infiltrer en ville.
Des renforts qui devaient être envoyé au combat, ne l'ont pas été car les Alliés ont simplement "testé" le Mur de l'Atlantique. Les mouvements ennemis ont été observés, chronométrés et analysés afin de préparer un assaut de plus grande envergure plus tard.
Les soldats canadiens et britanniques, qui se sont battus courageusement, qui sont morts au combat, qui ont été blessés, fait prisonniers ou disparus ont été sacrifiés pour permettre aux Alliés de recueillir des enseignements pour un futur débarquement de plus grande envergure. Plus de 1500 soldats alliés ont payé ces précieux renseignements de leur vie.
Conférence de Téhéran:
Après le tournant de la Bataille de Stalingrad, qui se termine en février 1943, l'Armée Rouge reconquiert le territoire perdu lors des combats précédents. Pourtant, le conflit reste extrêmement difficile pour les troupes soviétiques : Staline demande ainsi aux dirigeants alliés de se réunir afin qu'un véritable front soit ouvert à l'ouest.
Ainsi, et pour la première fois, les trois principaux dirigeants des pays alliés (Roosevelt pour les Etats-Unis, Churchill pour la Grande-Bretagne et Staline pour l'Union Soviétique) se réunissent afin de prendre des décisions militaires communes contre les forces de l'Axe. Le lieu de cette réunion est situé à Téhéran, l'actuelle capitale d'Iran.
La rencontre débute le 28 novembre 1943 et prend fin le 1er décembre. Les demandes de Staline sont prises en compte par ses alliés, qui acceptent le principe du second front, ce qui accélère le travail des militaires alliés travaillant aux "Opérations Combinées". Une chose est certaine, l'assaut se fera à partir de l'Angleterre, pour des raisons logistiques. Il faut à présent désigner le point du débarquement. Où débarquer ?
Churchill propose alors une attaque par la Méditerranée, frappant ainsi le "ventre mou" de l'Europe, mais cette requête échoue (chose importante, il souhaitant en fait réduire l'influence politique des troupes soviétiques dans les Balkans). Les côtes de l'Atlantique sont trop éloignées et de plus, les sous-marins allemands, les célèbres U-Boot, y font la loi. Il en est de même pour les côtes de la Bretagne, tandis que le courant à proximité des plages belges est bien trop fort et risquerait de détruire un grand nombre d'embarcations ce qui représente un risque inutile. Quant aux plages de Hollande, les terres derrière les plages sont inondées et ne facilitent pas le débarquement de matériel à grande échelle ; les Allemands ont d'autre part particulièrement bien fortifié les côtes du Nord de la France (notamment dans le Pas-de-Calais). Une seule proposition demeure intéressante : la Normandie.
Les préparatifs du Débarquement de Normandie:
Pour monter l'opération qui doit ouvrir un nouveau front à l'ouest de l'Europe, les Alliés souhaitent voir la création d'une organisation réunissant le plus grand nombre de professionnels des opérations combinées.
C'est ainsi que le COSSAC voit le jour. Il s'agit du "Chief of Staff to the Supreme Allied Commander", ( Chef de cabinet du commandant suprême des forces alliées) une organisation militaire représentée en la personne de Frederick Morgan.
Les missions du COSSAC sont les suivantes : choisir le lieu exact de débarquement, collecter un maximum de renseignements à partir des opérations amphibies combinées déjà menées (opérations en Afrique du Nord : "Sledghammer" et "Torch", ainsi qu'à Dieppe : "Jubilee"), et enfin pallier les problèmes de transport de troupes.
Choix de la Normandie:
Le COSSAC doit tout d'abord définir le lieu d'invasion à l'ouest de l'Europe. Les avis sont très partagés au sein des militaires alliés. La décision se porte finalement sur les côtes du Nord de la France, en Normandie, à proximité immédiate de l'Angleterre. Cette stratégie est présentée en août 1943 lors de la Conférence de Québec : la Normandie est le point de départ de l'invasion alliée à l'ouest de l'Europe.
Voici les raisons :
les côtes bretonnes sont trop éloignées de l'Angleterre pour être abordées, les terres en Hollande sont inondées et ne permettent pas la mise en place d'une tête de pont solide, les courants des côtes belges sont très forts et donc dangereux, et surtout les Allemands attendent les Alliés dans le Pas-de-Calais car le bras de mer entre l'Angleterre et la France est, à cet endroit, le plus réduit.
Les plages normandes sont en grande majorité des plages sableuses. On y trouve également des galets. La composition des plages normandes est relativement proche de celles De l'ouest de l'Angleterre. Ainsi, les soldats peuvent s'entraîner outre-Manche et l'on peut même tester la résistance des chars en manoeuvre sur ce type particulier de sable.
L'Angleterre comme base militaire:
Pour réaliser l'Opération Overlord alors en préparation, les généraux alliés s'accordent sur la nécessité d'une concentration de troupes en Grande-Bretagne en prévision d'une invasion de plus grande envergure de la France, opération surnommée "Round-up" (Rassemblement).
Dans un premier temps, dans le cadre de la préparation de l'invasion, les armées alliées doivent s'équiper, se former, s'entraîner, pour mener à bien des missions diverses et précises. Les troupes américaines et canadiennes profitent des installations militaires sur leur sol, mais il faut déjà penser à l'acheminement du matériel et des hommes en Angleterre, base de lancement pour l'attaque en Normandie.
A partir de la fin 1942, les premiers navires de transports quittent le continent Nord-américain et gagnent la Grande-Bretagne. Une lutte intense anti-sous-marine commence dans l'Atlantique entre les navires de surface alliés et les sous-marins U-Boot allemands.
Mais à partir de 1943, la bataille semble gagnée par les Anglos-américains qui coulent de plus en plus de bâtiments appartenant aux forces de l'Axe, alors que les officiers mariniers allemands détruisent de moins en moins de convois alliés.
Une fois débarqués en Angleterre, les soldats alliés sont installés à divers endroits du pays, tandis que le matériel (char, véhicules de transport, canons...) est stocké dans des bases tenues soigneusement secrètes.
Dans le cadre des préparatifs du Jour-J, le programme économique du prêt-bail bat son plein, et les Américains livrent des centaines de véhicules, des bâtiments de guerre, et de l'armement individuel aux Britanniques, en l'échange de l'utilisation de terres occupées jusqu'alors par les troupes du Commonwealth. Le parc militaire britannique s'agrandit, tandis que les industries de l'armement situées aux Etats-Unis fonctionnent à plein régime.
Le travail des avions de reconnaissance alliés est considérable : les photographies prises par ces derniers apportent des renseignements importants aux stratèges anglos-américains, qui organisent en conséquence les entraînements des forces alliées. De nombreux pilotes d'avions parachuteurs et de planeurs sont formés, très souvent des exercices amphibies sont organisés, et des parachutages par tous les temps sont effectués au-dessus de l'Angleterre.
Les troupes alliées sont entraînées sans arrêt et leur moral est au beau fixe. Les bâtiments de guerre et de transport sont de plus en plus nombreux dans les ports britanniques et les raids aériens augmentent en intensité sur les côtes du nord-ouest de la France. En effet, le rivage Français situé entre La Pallice au Sud et Dunkerque au Nord est constamment bombardé à partir de janvier 1944, et la fréquence de ces raids augmentera considérablement à partir de mai 1944.
Ce gigantesque rassemblement de troupes, de véhicules et de navires en Angleterre ne passe pas inaperçu et les Alliés le savent très bien. Les Allemands, qui comprennent rapidement qu'une vaste opération amphibie est en préparation, décident d'augmenter les effectifs des agents de renseignement positionnés en Angleterre.
Les Alliés, qui s'attendaient à ce genre de situation, ont préparé l'Opération Fortitude, chargée de désinformer les services de renseignement allemands. Ainsi, une véritable "armée fantôme" va voir le jour en Angleterre, dotée de véhicules blindés gonflables et de canons en bois. Ces unités factices sont positionnées en masse en face du Pas-de-Calais, dans la région de Douvres. Les avions de reconnaissance allemands vont observer et photographier cette armée de leurres en pensant qu'il s'agit d'unités aux ordres du redouté général Patton, fin prêtes à débarquer dans le Pas-de-Calais.
Aussitôt, la XVème armée allemande, stationnée dans le Pas-de-Calais, est mise en alerte. Les Alliés sont désormais passés maîtres dans le domaine du renseignement et protègent ainsi parfaitement le bon déroulement des préparatifs du Débarquement de Normandie : le succès de l'Opération Fortitude est total.
Résistance Française:
Pour que ce débarquement en Normandie soit une réussite complète, les Alliés demandent aux réseaux de la Résistance française de participer à la préparation de cette opération qui porte désormais le nom d'Opération Overlord.
Les alertes sont envoyées aux résistants par l'intermédiaire de la radio : la BBC, lors de son émission Française, émettait des messages codés qui avaient tous leur signification et leurs destinataires. Ainsi, cinq jours avant le 6 juin 1944, Jour J, les auditeurs de l'émission française de la BBC peuvent entendre les trois premiers vers du poème "Chant d'Automne" de Verlaine ("Les sanglots longs - Des Violons - De l'automne...").
La signification de ce message est la suivante : le débarquement aura lieu au cours de cette semaine et une fois les trois prochains vers de ce poème émis ("Blessent mon coeur - D'une langueur - Monotone..."), l'offensive commencera dans les 48 heures. Ces messages, très nombreux, annoncent le début d'opérations de sabotage : les résistants détruisent alors des chemins de fer, des lignes téléphoniques et installent des mines antichars sur les routes. Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, près de 1000 actions de sabotage seront effectuées par la Résistance française.
Opération Neptune : l'armada alliée :
Les officiers de marine alliés reçoivent, le 10 avril 1944, la confirmation d'un débarquement au Nord de la France et plus précisément sur les côtes de Basse-Normandie. Cette opération, nom de code Neptune, sera supervisée par le commandant en chef de la flotte alliée : l'amiral Bertram Ramsay.
Dans un premier temps, quatre secteurs de plages sont choisis, situés en les rivières Rives et Ornes dans la région Calvados et désignés par un nom de code spécifique : Omaha, secteur américain, Gold, Juno et Sword, secteurs anglo-franco-canadiens.
Mais très rapidement, Le général anglais Bernard Montgomery informe le Haut-Commandement allié que la capture de Cherbourg est une priorité pour le bon déroulement de cette opération, sachant qu'il est le port en eau profonde le plus proche de ces quatre plages d'invasion. Il souhaite voir la création d'une cinquième plage de débarquement, située à l'ouest d'Omaha, directement au Sud de Cherbourg, dans la région du Cotentin : c'est la naissance du secteur de plage Utah, qui sera américain.
Toutes les forces de débarquement seront désignées comme appartenant au 21ème corps d'armée et seront incluses dans la 1ère armée américaine et la 2ème armée britannique. C'est Le général Montgomery qui se porte à sa tête.
Composition de l'Armada :
Au total, la flotte se compose de cinq grandes forces, une pour chaque plage. 8 à 16 convois distincts composent à leur tour les cinq principaux. L'ensemble de ces forces représentent plus de 5300 embarcations de tous types additionnées à 4000 embarcations relais entre le rivage et les navires au large. Cette flotte est basée principalement dans cinq ports d'Angleterre.
C'est l'Amiral Kirk qui dirige le secteur américain : Force U (pour Utah) positionnée à Plymouth, et Force O (pour Omaha) positionnée à Portland. Quand au secteur anglo-franco-canadien, c'est l'Amiral Vian qui les dirige : Force S (pour Sword) positionnée à Portsmouth, Force G (pour Gold) positionnée à Southampton, et la Force J (pour Juno) positionnée à l'île de Wight.
Des forces supplémentaires d'appui (Forces B et L) sont basées près de Falmouth et de Nore et 12 dragueurs de mines doivent ouvrir les chenaux vers la côte française en avant des péniches de débarquement.
Les navires de la flotte alliée mouillant dans des ports différents ne réalisent pas la même distance les séparant des plages Normandes. Il est alors prévu que les divers convois navals mis en mouvement à des heures différentes en fonction du trajet à parcourir passeront par une large zone de rassemblement nommée "Z" et dite "Piccadilly Circus", au Sud des côtes anglaises, plus précisément à 30 km au sud-est de l'île de Wight, et se dirigeront vers leurs plages respectives par 5 chenaux ouverts au préalable par les dragueurs de mines.
Pour préparer le terrain aux hommes par un bombardement massif et pour défendre les péniches de débarquement des attaques allemandes, l'armada alliée comporte 325 vaisseaux de guerre, dont 101 destroyers. L'appui naval est fourni par 6 cuirassés, 2 monitors, 22 croiseurs et 93 contre-torpilleurs.
Bien que cette flotte alliée soit essentiellement formée de navires américains et britanniques, on trouve également des bâtiments français, polonais, norvégiens, grecs, danois et hollandais.
La traversée de la Manche:
Alors que les préparatifs du débarquement se terminent et que déjà de nombreux soldats alliés sont postés dans des navires, attendant le départ vers la Normandie, une tempête se forme en Manche, dès le samedi 3 juin 1944.
Eisenhower décide, en raison d'une amélioration du temps prévue par la météo, le dimanche 4 juin à 04h15 : "Overlord aura lieu demain, 5 juin".
Eisenhower fixe la date du Débarquement, le "Jour J", au lundi 5 juin 1944, car les conditions de marées et de pleine Lune sont favorables. En effet, les marins alliés reçoivent l'ordre de débarquer les fantassins sur les plages par marée basse afin de ne pas envoyer de péniches contre les fortifications de plages du "Mur de l'Atlantique". Les facteurs Lune et marée sont liés, mais ils ne sont que très rarement favorables en même temps.
C'est pourquoi si la date du 5 juin ou du 6 juin doit être annulée, les météorologues militaires pensent qu'un phénomène identique ne se reproduira qu'en septembre 1944, soit quatre mois plus tard. Les Alliés ne peuvent se permettre un tel retard, certainement favorable aux forces de l'Axe.
Et c'est à l'aube du 4 juin que la flotte d'invasion se met en route. Mais elle est rappelée au bout de quelques heures, le temps étant devenu exécrable. Les hommes doivent attendre encore 24 heures ; quant aux troupes d'assaut, qui étaient déjà dans leurs embarcations depuis 5 jours, ce n'est plus pour elles qu'un petit délai supplémentaire.
Pour le chef suprême des armées alliées, l'heure est tragique : s'il repousse à septembre 1944 le débarquement, qui sait si le secret de toute l'Opération Overlord ne sera pas découvert ? Et qui sait quel sera l'impact militaire si 1 500 000 soldats américains et 1 750 000 soldats du Commonwealth, auxquels viennent se rajouter 40 000 unités provenant des pays occupés par les forces de l'Axe doivent rester bloqués sur le sol britannique, sans compter tout le matériel de guerre ?
Mais le général américain Dwight Eisenhower ne maîtrise pas la météorologie : la tempête l'empêche d'ordonner le départ avec assurance
Pourtant, prenant toute la responsabilité de l'affaire, il décide que le débarquement de Normandie commencera le surlendemain, le mardi 6 juin 1944 et prononce la célèbre phrase ; "O.k., let's go !" ("O.k., on y va !"). Le lendemain, à l'aube du 5 juin 1944, la flotte d'invasion reprend la direction de la Normandie et cette fois pour de bon.
La force U (Utah), grosse de 1000 bateaux portant 30000 hommes et 3500 véhicules arrive la première et est, à 2 heures du matin le 6 juin 1944, à 15 km au large de son objectif, la plage de Saint-Martin-de-Varreville. Lors de la traversée, les premiers bâtiments englobent l'immense armada d'un rideau de fumée qui doit la protéger des sous-marins et des vedettes E-Boot allemandes.
Pourtant, les officiers allemands de l'Etat-major ignorent toujours la présence de cette armada en Manche.
Protection des convois:
Pendant la traversée, les ordres donnés aux officiers commandant les navires de guerre sont clairs : ils doivent ouvrir le feu sur tous les avions survolant à basse altitude la flotte, qu'ils soient amis ou ennemis. Les pilotes alliés étant prévenus, ne pouvant pas descendre en deçà d'une certaine altitude.
Pour protéger les différents bâtiments de l'armada alliée de toute attaque aérienne à basse altitude, la plupart des navires qui possèdent un fort tonnage disposent d'un ballon volant à plusieurs dizaines de mètres de hauteur au-dessus de leur structure. Ce ballon est relié au navire par un câble en acier. Ce n'est pas le ballon qui va empêcher les attaques aériennes mais plutôt le câble d'acier qui risque de couper les ailes des avions volant à basse altitude pour attaquer l'armada.
Un large nuage de fumée servant à camoufler l'armada dans une brume artificielle est envoyé à l'avant de la flotte alliée par des vedettes.
Mais au large du Havre, 4 S-Boot surgissent du nuage de brouillard artificiel et tombent nez-à-nez avec la flotte alliée et le convoi de la Force S (Sword) : immédiatement, ils envoient leurs torpillent et effectuent un demi-tour très rapide, puis disparaissent dans le nuage de protection. Un navire de guerre Norvégien, le Svenner, est touché et sombre. Les survivants sont récupérés par les navires environnants. C'est l'incident majeur de la traversée.
Les bombardements:
Pendant ce temps, 3460 avions bombardiers lourds et 1650 bombardiers légers et moyens Alliés larguent des centaines de tonnes de bombes sur la côte normande, visant les batteries et les fortifications du Mur de l'Atlantique.
A 5 heures 30 du matin, alors que le jour se lèvera 28 minutes plus tard, les 200 bâtiments de guerre Alliés dirigent leurs canons vers leurs objectifs en Normandie, situés entre Barfleur et le Havre, et ouvrent le feu. Le spectacle est terrifiant, le rivage s'embrase et les soldats alliés qui gagnent les péniches de débarquement arrivent difficilement à respirer : le stress serre leur estomac et les obus des canons, qui survolent à quelques mètres au-dessus des barges les têtes des soldats, créent de tels appels d'air qu'il devient difficile de respirer.
Les barges se dirigent vers les cinq plages de débarquement, pendant que le bombardement naval se poursuit, jusqu'au moment du débarquement. Certaines péniches de débarquement sont équipées de lance-fusées afin de bombarder les positions allemandes jusqu'à l'instant où le premier soldat allié pose le pied sur la plage de Normandie qu'il vient libérer
Les raisons des bombardements:
Avant de lancer les opérations amphibies sur les plages, les Alliés décident d'organiser une série de bombardements sur les côtes du Nord de la France, afin de détruire un grand nombre d'objectifs stratégiques militaires allemands, capables s'ils sont en état de fonctionner de mettre à mal une telle action de débarquement.
En effet, si le Mur de l'Atlantique est encore en partie en construction sur les côtes de la Manche et de l'Atlantique, des stations radars, de nombreux fortins et des batteries d'artillerie côtière peuvent désorganiser l'offensive alliée, si rien n'est fait pour supprimer ces points clés.
Les bombardements alliés au Nord de la France ont considérablement augmentés à partir de l'automne 1943, en préparation de l'Opération Overlord et le nombre de raids n'a pas cessé de progresser jusqu'en septembre 1944. Ces opérations aériennens devaient déboussoler les forces allemandes, par la destruction d'objectifs militaires, mais également de routes, de voies ferrées, de gares, d'industries ou encore d'installations portuaires. Appuyés par les actions de sabotage effectués par la Résistance Française, le réseau de communication allemand doit être profondément handicapé.
Opérations le Jour J:
Aux premières heures du 6 juin 1944, en pleine nuit, les 8ème et 9ème Air Force de l'USAAF appartenant à la 2ème Force Aérienne Tactique, appuyés par des bombardiers Britanniques et Alliés (et notamment Français), sont chargés, dans le cadre de l'Opération Neptune, de réduire au silence tous les objectifs importants relevés au courant des mois précédents le Jour J par des avions de reconnaissance. Ainsi, 360 bombardiers lourds appuyés par 269 bombardiers légers survolent les convois de navires de guerre et de transport qui font route vers les côtes Normandes.
Ces appareils attaquent les fortifications du Mur de l'Atlantique, malgré la présence de nombreux nuages, qui handicapent le repérage des cibles. 92 stations radar sont bombardées, de la pointe de Barfleur jusqu'au Havre, afin que l'armada alliée ne soit pas remarquée par les opérateurs radio de la Kriegsmarine. 74 stations sont détruites par l'aviation, l'opération est plutôt une réussite.
Mais les bombardements de certains objectifs sur la côte (batteries d'artillerie, batteries de soutien, points fortifiés), s'avèrent être une opération relativement difficile.
En effet, la forte masse nuageuse gêne les équipages des bombardiers. 67 des avions bombardiers annulent leur mission en raison des mauvaises conditions atmosphériques, tandis que les autres essayent tant bien que mal d'accomplir leur mission.
Le littoral compris entre Ouistreham à l'est et Asnelles-sur-Mer à l'ouest, soit l'ensemble des plages prévues pour le débarquement des troupes Anglos-Canadiennes (Sword Beach à l'est, Juno Beach au centre et Gold Beach à l'ouest), est bombardé par les avions alliés, et de nombreux objectifs sont détruits ou endommagés. Le secteur de plage américain de Utah est également massivement bombardé, notamment les batteries d'artillerie côtière du Cotentin situées à Azeville et à Crisbecq.
Mais entre Longues-sur-Mer à l'est, et Grandcamp-Maisy à l'ouest, les cibles n'ont pas été atteintes, ou très peu, par les bombardements. Une plage de débarquement est située dans ce secteur, il s'agit d'Omaha Beach, où doivent débarquer à l'aube les éléments des 1ère et 29ème divisions d'Infanterie US. D'après les rapports des différents groupes aériens déployés pour bombarder ce secteur, la présence de nuages a compliquée la tâche qui leur avait été donnée, et il a suffit d'une ou de deux secondes pour que les bombes soient larguées à plusieurs kilomètres de leurs objectifs. Ainsi, les batteries d'artillerie côtières situées à proximité des localités de Longues-sur-Mer et de Maisy sont pratiquement intactes malgré les bombardements, tout comme les 8 points fortifiés de la plage d'Omaha Beach. Les Alliés ne le savent pas encore, mais les Allemands ne souffrent d'aucun dégâts dans ce secteur : les installations du Mur de l'Atlantique à Omaha Beach n'ont pas ou extrêmement peu été touchées.
Bilan des bombardements:
Depuis le mois de mai 1944, les bombardements sur le quart nord-ouest ont augmenté, visant principalement des objectifs routiers et ferroviaires.
Avec l'aide des destructions effectuées par la Résistance Française, les Alliés lancent de très nombreux raids au-dessus de la Normandie, qui se soldent par des destructions relativement faibles pour les moyens engagés Certains sites sont écrasés sous les bombes, d'autres ne reçoivent pas même une égratignure. Ces disparités vont se faire sentir dans les heures qui suivent les bombardements, quand les troupes alliées vont débarquer en face du Mur de l'Atlantique, objectif majeur des raids, censé avoir été dans la grande partie détruit, mais qui par endroit est encore en parfait état.